La diplomatie au sens moderne du terme, c'est un système de relations internationales reposant sur un réseau de personnalités représentant l'autorité de leurs pays, habilités à négocier au nom de celle-ci et ayant pour mission la collecte des informations dans le pays où ils se trouvent.
Ce fonctionnement nait en Italie à la fin du XVe siècle. D'abord dans le duché de Milan puis à Venise. Jusqu'à la fin du XVIe siècle cependant, on ne peut pas considérer qu'il existe un réseau diplomatique construit en Europe. A partir de 1515 on assiste à la mise en place de réseaux permanents de diplomates, à une codification et à une professionnalisation du statut de diplomate. Au milieu du XVIIe siècle, à la fin de la Guerre de Trente Ans (en 1648), c'est le triomphe du monde diplomatique. Les congrès de paix se multiplient.
Avec l'affirmation des Etats nationaux, les guerres incessantes, les dissensions religieuses, le besoin de négociations fréquentes à l'échelle de l'Etat augmente. L'appareil diplomatique devient l'expression directe de la souveraineté. C'est par lui que l'on s'exprime désormais. En outre, le renforcement des Etats entraîne une forte demande d'informations fiables: le nombre de résidents augmente, la sédentarisation des Cours aidant à la mise en place d'ambassades.
Les villes italiennes ont des représentations permanentes à Madrid, Vienne, Londres, Varsovie, Constantinople... En 1661, la France a des ambassades à Rome, Venise, Turin, dans le Saint-Empire, à La Haye (aux Provinces-Unies), à Londres, à Madrid, à Lisbonne, au Danemark, en suède, en Pologne et dans l'Empire ottoman. Mais certains pays, comme la Russie et l'Empire Ottoman ne rentrent pas dans le jeu diplomatique aussi profondément et ne fondent pas d'ambassades. Il existe des ambassades permanentes et des ambassades temporaires.
Le métier de diplomate est en pleine construction: il existe deux types d'ambassadeurs: les extraordinaires, qui se sont vus confier une mission précise, et les ordinaires, plénipotentiaires, qui sont envoyés avec les pleins pouvoirs résider de façon permanente dans un pays étranger.
Autour des ambassadeurs gravitent différents professionnels de la diplomatie: les secrétaires, les commis, petits fonctionnaires, les interprètes, les déchiffreurs, qui eux aussi restent sur place et aident l'ambassadeur.
Le diplomate est toujours issu des hautes sphères: il appartient à l'Eglise, à la haute noblesse de robe ou d'épée. Louis XIV choisit plutôt, pour le représenter dans les négociations internationales, des membres du clergé. En revanche, s'il cherche des représentants capables de faire preuve de culture et d'éducation, de lui faire honneur, de donner des réceptions grandioses et de travailler avec un réseau en sous-main, il se tourne plutôt vers la noblesse de robe.
Il arrive cependant que des agents diplomatiques soient plus discrets: on fait par exemple appel aux artistes, qui ont de bons prétextes pour voyager, pour nouer des contacts de cour en cour, à l'exemple de Rubens.
L'ambassadeur résident doit être capable de soutenir son rang de représentant du roi. Car il faut savoir que le métier d'ambassadeur n'est pas rémunéré. On le fait pour la gloire, pour le prestige que cela apporte: les ambassadeurs font notamment partie du conseil restreint qui, constitué du Secrétaire d'Etat à la guerre, du Conseil du Roi et du Roi lui-même, décide de la politique étrangère. Il faut souvent faire preuve de largesse, en plus des stricts dépenses de représentations. Après la signature du Traité de Münster, par exemple, les festivités durent plusieurs semaines et chaque ambassadeur doit participer aux frais, en tâchant d'impressionner ses confrères. C'est donc un métier ruineux.
En outre, la sécurité du diplomate est très aléatoire. La liberté de culte est garantie, mais il arrive que des ambassadeurs soient emprisonnés ou poursuivis dans le pays où ils résident. Ce n'est qu'à la fin du XVIIe siècle et au XVIIIe que le principe du "droit des gens", regroupant l'extraterritorialité et l'immunité inventé par Grotius est mieux appliqué.
Par conséquent, quand des diplomates sont sollicités par le Roi, certains refusent. D'autres utilisent leur position pour satisfaire leurs idées personnelles: au Congrès de Münster, du duc de Longueville, du Comte d'Avaux et d'Abel Servien, représentants de la France, seul Servien suit les instructions royales. D'Avaux est réprimandé pour avoir délivré des informations lors des négociations. Il faut dire que le statut professionnel n'est pas fixé jusqu'à la fin du XVIIe siècle.
Cependant, un faisceau d'obligations encadre les ambassadeurs. Pour la France, les instructions sont rédigées par le Conseil d'En-Haut, et l'ambassadeur extraordinaire est tenu de fournir un rapport. Pour certaines négociations, c'est en effet l'avenir du pays qui se joue: les ambassadeurs sont associés de très près à la politique matrimoniale: ce sont eux qui vont chercher la princesse à la frontière et lui font accomplir les rites nécessaires (cérémonie formelle, change de costume traditionnelle), ce sont eux qui président les fêtes. Un faux pas de leur part constitue un évènement extrêmement grave.
Outre ces missions particulières, réservées aux ambassadeurs de toute première importance, les diplomates ont plusieurs missions:
- d'abord la négociation. Contrairement à ce que l'on pourrait croire, chaque souverain n'envoie pas un seul diplomate le représenter dans les conclusions de traités. Il y a souvent entre 100 et 300 négociateurs.
- ensuite l'information: la culture politique écrite se développe. C'est grâce à de nombreux rapports que nous avons actuellement une connaissance si précise des relations internationales à la fin de l'époque moderne. Les correspondances d'ambassadeurs ont un rôle majeur: des décisions importantes sont prises sur leur seule foi; par conséquent le chiffrage se généralise, avec le recours à des déchiffreurs dans toutes les ambassades. Le but des diplomates est de rendre compte le plus précisément possible de la situation du pays dans lequel ils se trouvent. La frontière entre information et espionnage est très floue.
- enfin la représentation du souverain, dont j'ai déjà parlé à propos des frais terribles que cette fonction engendrait. Les instructions de l'ambassadeur lui donnent la dignité du souverain. On se souvient du scandale fait par Louis XIV quand l'ambassadeur d'Espagne voulut, à Londres, passer devant celui de France. Le roi de France demanda réparation. Le roi d'Espagne dut envoyer un diplomate présenter ses excuses à la Cour de France.
Toutes ces fonctions demandent des compétences très variées. Louis XIV se soucia de la formation de ses diplomates. Il mit en place une académie pour les former en tant qu'agents payés par l'Etat, les secrétaires d'ambassades, en quelque sorte les petites mains de la diplomatie. L'admission se faisait sur l'origine sociale, économique et culturelle, et l'âge. Les candidats devaient en outre maîtriser le latin, l'espagnol et l'italien, bien que le français fut encore la langue de la diplomatie.
L'académie eut une durée de vie fort courte: créée en 1712 elle disparut en 1719, quelques temps après la mort de Louis XIV. Mais elle eut une postérité importante: plusieurs pays s'en inspirèrent, et le concept revint en France après la Révolution.
mardi 20 mai 2008
La mise en place de la diplomatie en Europe, XVIe - XVIIe siècle
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Libellés : Moderne, Point d'Histoire
samedi 17 mai 2008
Mi-Anniversaire
Histoire Mon Amour a été créé le 17 décembre 2007. Nous en sommes donc à 6 mois d'existence. 6 mois durant lequel j'ai cherché à améliorer le contenu, à rester relativement objective, à présenter des textes précis et réguliers.
Ces efforts n'ont pas tous été couronnés de succès. Je suis souvent en retard depuis quelque temps: j'ai donc décidé d'avancer mon jour: ce sera le mardi.
Au niveau des contenus, bien sûr, je suis loin d'être exhaustive. La vocation de vulgarisation de ce blog ne me le permet pas, comme, il faut bien le dire, ma formation qui ne saurait être spécialisée dans tous les sujets que j'aborde.
Au vu du succès de HMA, je crois cependant être sur la bonne voie.
Et maintenant je vais vous faire une révélation:
J'ai créé ce blog parce que, arrêtant mes études d'Histoire, je ne pouvais me résoudre à n'y être plus confrontée. Je mets donc à disposition de tous ce que j'ai appris durant ces années d'étude, ces dizaines de lectures, ces longues heures de recherches.
Ce qui me fait continuer ce site, c'est maintenant moins cette passion, toujours aussi ardente, mais qui ploie parfois sous le poids du quotidien, que les commentaires, les mails flatteurs et encourageants que je reçois régulièrement.
Merci à vous, lecteurs, les commentateurs, les e-correspondants, mais aussi les silencieux, de me donner l'énergie et la motivation nécessaires pour continuer cette aventure.
Je vous aime!
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Libellés : définition du blog
vendredi 16 mai 2008
Les colonies françaises au XVIIIe siècle
Pour la plupart d'entre nous, les colonies françaises, ce sont d'abord celles d'Afrique, voire d'Asie du sud-Est, celles de l'Exposition coloniale, celles de la décolonisation. Il y en eut pourtant d'autres, que l'on évoque moins fréquemment, parce que la présence français y fut moins massive, le mythe de l'apport de la civilisation négligeable par rapport à la perception économique et politique.
Des colonies, en somme très différentes de celles qui apparaissent au XIXe siècle. Ces colonies, dont certaines remontent au tout début de l'époque moderne, sont parfois restées dans le territoire français, mais ont souvent été perdues (la plupart du temps contre les Anglais). Ce sont d'elles que je veux vous parler aujourd'hui. La colonisation oubliée, une colonisation différente. --------------------------------------------------------------------------------------
Au début du règne de Louis XV, les colonies françaises sont très dispersées. Le terme même de colonie est lui-même parfois inexact: il y a les colonies de peuplement, mais aussi des territoires possédés dont on ne fait rien. Il y a les comptoirs, les ports, mais aussi de vastes protectorats. Il y a les terres qui sont propriétés du royaume de France, d'autres qui ne sont à personne et où des Français se sont installés. Il y a enfin le cas complexe et très particulier de la Compagnie des Indes. En réalité, il existe deux grands ensembles distincts dans l'esprit des contemporains.
Sous le contrôle du secrétariat d'Etat de la Marine
Commençons par l'Amérique du Nord. En
1713, la Terre-Neuve et l'Arcadie ont été perdues. Mais il reste le Canada et la Louisiane, et l'Ouest est encore ouvert. Le Canada est la seule colonie de peuplement française. Mais sa population est loin d'atteindre celles de colonies anglaises voisines: en 1714 il n'y a que 19 000 habitants et 1500 Indiens sédentarisés.
Le Canada, calqué sur le modèle administratif et social de la métropole, est en réalité un cas à part dans les colonies du XVIIIe siècle. Il y a un gouverneur, un intendant, des seigneuries, des villes avec de nombreux couvents, des paroisses, et des sanctuaires mariaux. Les Indiens baptisés sont plutôt bien intégrés, et les barrières raciales ne sont pas aussi fortes que dans les colonies anglaises, très hostiles aux Indiens.
Mais le modèle se diffuse mal. En 1750, il n'y a toujours que 50 000 personnes dans les colonies françaises canadiennes contre presque un million d'Anglais voisins. Les Français n'arrivent par à développer ces colonies, les crédits étant absorbés par les constructions miliaires. Les essais de peuplement échouent aussi en Guyane
Non loin de là, les Antilles françaises s'en sortent mieux. Grâce à la contrebande active avec l'Empire espagnol, et à la politique de paix du Régent puis de Fleury, les petites Antilles, (Martinique et Guadeloupe), et la moitié de la grande île de Saint-Domingue (Haïti) prennent une place majeure dans le commerce extérieur français: plus de 74% des produits coloniaux entré en France en 1781 en proviennent.
L'expansion est notamment due au commerce du sucre: entre 1714 et 1789 on passe de 138 à 793 sucreries. Le café, puis le coton, maintiennent cet essor. Cette fois, ce sont les Antilles britanniques qui ne parviennent pas à suivre le rythme.
Sous l'autorité du Contrôle général des Finances chargé de surveiller la Compagnie des Indes
Passons à des îles plus lointaines: dans l'Océan Indien, les implantations à Madagascar ont échoué; les Français se rabattent vers l'île de Bourbon (la Réunion actuelle), déserte et plus facile à défendre. Ils s'installent aussi dans l'ile de France (actuelle île Maurice), abandonnée par les Hollandais et qui offre de bons mouillages.
Ces deux îles forment deux relais sur la route maritime d'Europe vers l'Inde. Là, de nombreux comptoirs ont été établis depuis 1667: Pondichéry, Chandernagor, Yanaon et Karikal sur la côté est, et Mahé sur la côté ouest.
Joseph Dupleix, gouverneur général de la Compagnie des Indes, y étend l'influence française par un système de
protectorats. La Compagnie doit se débrouiller à peu près seule en Inde, sans soutien militaire français, et s'y développe sur des bases fragiles.
Cependant, à part entre 1769 et 1785, elle peut compter sur les revenus confortables que lui procure le monopole commercial des Indes (des cotonnades, du thé, de la porcelaine, qui venaient d'Asie, d'Indes Orientales, et de Chine.).
Cette Compagnie des Indes est issue du regroupement le la Compagnie d'Occident, de la Compagnie des Indes orientales et de la Compagnie de la Chine.
Cette concentration permet de créer une société à monopole, celui du commerce extérieur français. Le roi lui donne, en outre, une sorte de monopole sur Belle-Isle et Lorient. Les actions de la Compagnie étaient sur le marché, et le roi participait au capital pour 100 000 actions. C'était donc un placement considéré comme sûr et la Compagnie n'eut aucune difficulté à trouver des financements.
Elle se dote d'une flotte, achète des armes pour défendre ses comptoirs, prend puis se débarrasse du monopole de la traite des noirs, de la gestion de la ferme du tabac, et de l'exploitation de la Louisiane. Il y a donc une forme de privatisation de la colonisation, avec une Compagnie à monopole.
L'Etat français cependant conservait un net avantage à la colonisation grâce à l'Exclusif colonial, cette règle selon laquelle toutes les productions coloniales devaient être exportées vers la métropole, qui avait aussi l'exclusivité de l'approvisionnement des colonies. Le transport est assuré par la seule marine métropolitaine.
En 1717, il y a 13 ports prévus pour le commerce colonial. Une contrebande active force la création de deux ports francs, à la Martinique et à Saint-Domingue, en 1767.
Le cas de l'Afrique et l'esclavagisme aux Antilles
Au-delà des colonies et des comptoirs d'Inde dont la France tirait un bénéfice quasi-immédiat, on trouve le cas particulier de l'Afrique. Pas de colonies de peuplement, ni de développement industriel ou artisanal. Les navires français y accostent uniquement pour commercer; acheter de la gomme arabique, de l'or, mais surtout des esclaves. Les comptoirs de traite se répartissent sur toute la côte. Les Français s'installent à Gorée (près de Dakar) et à Saint-Louis du Sénégal, et étendent leur influence dans le pays. C'est surtout vers les Antilles que les esclaves sont emmenés, avec le tristement célèbre commerce triangulaire.
Saint-Domingue reçoit au XVIIIe siècle 60% des esclaves débarqués dans les colonies (en moyenne 28 000 esclaves par an après 1782). Entre 1711 et 1800, la traite française aurait acheminé 955 000 esclaves. Ils étaient acheté contre des étoffes, des armes, des outils
en métal. Des intermédiaires locaux fournissaient les zones d'approvisionnement (Côte d'Ivoire, Angola). Le taux de mortalité du voyage était de 12 à 15%, soit moins que celle de l'équipage, moins précieux. La traite reste un commerce risqué et peu rentable: 6% en moyenne à Nantes.
Les sociétés des Antilles se construisent en fonction de ce recours systématique et massif aux esclaves. Contrairement à la société canadienne, les hiérarchies tiennent sévèrement compte de la couleur de peau. A Saint-Domingue en 1789 on compte 465 000 esclaves contre 30 000 Blancs et 27 500 Africains libres. Ce déséquilibre provoque de vives tensions.
Révoltes d'esclaves, descentes de "marrons", les esclaves fugitifs, et cyclones confortent les propriétaires blancs dans l'idée que la métropole ne comprend pas leurs problèmes, d'autant qu'on y entend de plus en plus des voix d'intellectuels hostiles à l'esclavage. Plusieurs révoltes autonomistes éclatent.
Que reste-t-il des colonies françaises à la fin du XVIIIe siècle?
La situation des colonies au XVIIIe siècle est en partie tributaire de l'hostilité entre les métropoles anglaise et française. En Amérique du Nord, les guerres plus ou moins ouvertes entre colons anglais et français ne diminuent pas. L'arc de cercle franco-indien reliant la Louisiane aux Grands Lacs empêche l'expansion britannique.
La guerre prend son tournant en 1758: Louisbourg et Fort Duquesne, deux places fortes françaises, capitulent. En 1759 Québec est assiégé et capitule. L'année suivante, c'est Montréal qui tombe. C'est la fin de la Nouvelle-France, qui n'a pas reçu de soutien de la métropole.
Le traité de Paris de 1763, qui met fin à la guerre de Sept Ans en Europe, la France renonce officiellement au Canada et cède la Louisiane à l'Espagne pour la dédommager de la Floride prise par les Anglais.
Du côté des Antilles, on observe le même affrontement mais avec des suites différentes. Les Anglais prennent la Guadeloupe en 1759, la Martinique en 1762, mais les rendent lors du traité de Paris. Saint-Domingue, qui leur a résisté, reste française. Les Anglais prennent Marie-Galante, Tobago, et La Désirade.
En Afrique, la France doit se contenter de l'île de Gorée et perd toute emprise sur le Sénégal.
Aux Indes, où là aussi les combats ont tourné à la défaveur des Français, la France donne toutes ses conquêtes faites depuis 1749 aux Anglais et ne conserve que ses cinq comptoirs (Mahé, Karikal, Pondichéry, Yanaon et Chandernagor). La Compagnie des Indes, lourdement endetttée sera suspendue en 1769.
La vision des colonies au XVIIIe est donc fort différente de celle du XIXe. Tout autant imprégnée de racisme, elle vise plus clairement un but économique, et ne s'embarrasse pas de la rhétorique de civilisation. C'est pourquoi le Canada, plus prometteur que les Antilles en termes de peuplement, est sacrifié en faveur de Saint-Domingue, poumon économique des colonies, extrêmement rentable pour la métropole.
On ne pense que très superficiellement à l'Asie du Sud-Est, et l'organisation administrative comme la volonté des colons manque pour fonder des colonies de peuplement aussi développées que celles que l'on verra en Afrique au siècle suivant. La révolution industrielle, qui donne une forte avance à l'Europe du point de vue technique, accélèrera la colonisation.
A la fin du XVIIIe siècle, la France n'a plus que quelques points très localisés sur le globe qui peuvent être qualifiés de colonies. Mais il ne faut pas oublier que c'est le Traité de Paris qui, en donnant à l'Angleterre une grande partie des territoires français, lui permet d'acquérir une telle avance pour ce qui deviendra l'Empire britannique.
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Libellés : Moderne, Point d'Histoire, Reste du monde
jeudi 15 mai 2008
Mise en bouche
Je sais, je suis en retard.
A la vérité, depuis que je travaille le mercredi, je pense sérieusement à changer le jour de publication du billet. Pour le mardi par exemple.
Pour cette semaine, je livrerai mon texte, ne vous en faites pas chers lecteurs.
Pour vous mettre en appétit (ou vous dispenser de revenir demain) voici le sujet:
Les colonies françaises au XVIIIe siècle.
J'ai en effet remarqué qu'on assimile couramment la colonisation au XIXe siècle, alors qu'elles ont joué un rôle très important dans l'économie et la politique internationale de la France bien avant.
J'espère que le sujet vous intéressera, et dans le cas contraire, que je saurai vous y intéresser!
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Libellés : définition du blog
samedi 10 mai 2008
Collègues
Je viens de créer à droite une catégorie "Histoire sur le web". J'y ai mis les quelques sites trouvés qui m'ont paru intéressants. Suggestions bienvenues!
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Libellés : définition du blog
jeudi 8 mai 2008
La France Eternelle

"La vraie France, la France éternelle, elle n'était pas à Vichy, elle n'était pas dans la Collaboration. La vraie France, la France éternelle, elle n'était pas dans la Milice"
"La vraie France, la France éternelle, elle avait avant tout la voix du Général de Gaulle, (...) elle avait le courage de Jean Moulin (...), le visage lumineux de Germaine Tillion, de Lucie Aubrac, d'Honoré d'Estienne d'Orves, de Tom Morel, du commandant Kieffer"
"Nous célébrons avant tout une victoire morale car ce qui s'est déroulé (...), c'est le combat victorieux de la liberté contre la servitude, du droit contre la violence, de ce qu'il y a de plus grand dans l'homme contre ce qu'il peut y avoir de pire"
Nicolas Sarkozy, le 8 mai 2008
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Libellés : Actualité, Contemporaine, Politique
mercredi 7 mai 2008
Les êtres humains en France pendant la Première Guerre Mondiale
La Première Guerre Mondiale, comme tous les conflits, possède un certain nombre de particularités. Du point de vue strictement militaro-stratégique, ces particularités sont bien connues (guerre de tranchées, emploi des gaz, tanks...). Du point de vue social, la persistance d'une certaine image d'Epinal encore aujourd'hui (le fameux Paroles de poilus lui-même a été expurgé) empêche le grand public de saisir ce que fut vraiment cette guerre pour ceux qui l'ont vécue.
La mort du dernier poilu changera-t-elle les choses? J'en doute. La Première Guerre mondiale est le dernier conflit à peu près honorable (si tant est que cet adjectif ait un sens en temps de guerre) de l'Armée française, le dernier encore acceptable par nos critères actuels. Sa mythologie continuera donc de grossir encore longtemps, mettant en valeur l'héroïsme de nos soldats et l'union de la société française derrière ses braves poilus.
La réalité bien sûr, est fort différente.
S
ituons d'abord le contexte de démarrage du conflit. La guerre est alors perçue comme une question sociale. La Chanson de Craonne le rappellera: les Français engagés politiquement à gauche la considéraient comme une injustice sociale, l'exploitation des prolétaires par la bourgeoisie industrielle. L'anti-militarisme est donc porté par la SFIO. Jaurès propose dans L'armée nouvelle l'organisation d'une petite armée professionnelle soutenue par des milices. En juillet 1914, le congrès socialiste vote pour la grève générale en cas de guerre.
La France revancharde, que l'on présente aujourd'hui volontiers comme majoritaire correspondait principalement à la droite nationaliste.
Lorsque l'Allemagne déclare la guerre à la Serbie fin juillet, le jeu des alliances entraîne la France dans la guerre à son tour.
Cette déclaration surprend, ou plutôt prend de court, l'opinion française. Quelques tentatives de résistances échouent. Jaurès est assassiné, et Léon Jouhaux, secrétaire de la CGT pacifiste, appelle à soutenir la Patrie en danger.
Les Français ne sont pas très enthousiastes. Le soir du 1er août, une manifestation patriotique ne réunit qu'une poignées de manifestants. La mobilisation générale est lancée.
Il faut ici faire un point sur les discours que l'on entend encore sur le patriotisme de l'été 14. Même l'Humanité, le 10 août, écrit «Des entrailles du peuple, comme des profondeurs de la petite et de la grande bourgeoisie, des milliers de jeunes gens, tous plus ardents les uns que les autres, quittant leur famille, sans faiblesse et sans hésitation, ont rallié leurs régiments, mettant leur vie au service de la Patrie en danger.» En pratique, nous avons ici affaire à un problème auquel sont fréquemment confrontés les historiens: qui parle le plus fort? Les intellectuels de tous bords, souvent issus de milieux favorisés, appellent à la défense de la Patrie. Dans les campagnes, on a un discours beaucoup plus inquiet sur les récoltes à faire.
Il est vrai que les Français se sont perçus comme agressés, et ont eu le sentiment d'être du bon côté, la République démocratique contre un Empire autoritaire. Le thème de l'Alsace-Lorraine, négligé jusque là par une grande partie de l'opinion publique, reprend de la vigueur. C'est dans ce contexte qu'il faut comprendre le retournement de beaucoup d'internationalistes et de pacifistes, autant dire de la gauche. Pour les intellectuels de cette sensibilité, les thèmes nationaux restent tout de même plus forts, plus porteurs que l'internationalisme prôné en temps de paix. Jouhaux, aux obsèques de Jaurès exhale la classe ouvrière "qui s'est toujours nourrie des traditions révolutionnaires des soldats de l'An II allant porter la liberté au monde".
Pour la plupart des engagés cependant, la mobilisation générale est vue comme une nécessité pénible, et les soldats se rendent sur le front dans une attitude défensive, résignée. Une certitude générale: la guerre sera courte, l'Allemagne ne pouvant faire face à tous ses fronts.La classe politique comprend vite que les mois à venir seront délicats: avec l'Union Sacrée, le gouvernement inclut temporairement des personnalités de gauche, et promet de ne pas utiliser le carnet B (la liste noire des personnes à emprisonner en cas de conflit: des pacifistes, des anarchistes et des syndicalistes). En échange, la gauche se tient calme, et étouffe les tentatives de grèves générales. Union Sacrée ne veut pas dire gouvernement ouvert à tous: les catholiques orléanistes n'y sont pas conviés.
Il s'agit de gérer la guerre de façon pragmatique, de maintenir la vie politique des institutions.
Fin septembre 1914, la classe politique a compris que la guerre sera longue. Il faudra deux mois de plus pour que cette conscience atteigne toute l'opinion publique.
Fin 1914, la guerre de mouvement est un échec, il y a déjà 300 000 morts du côté français.
Le gouvernement modifie sa façon de voir: il s'entend avec les industriels, modifie les uniformes (qui passent du bleu et rouge vifs au bleu horizon), et déclenche une économie de guerre avec la mobilisation à l'arrière.
Le paysage de l'arrière se modifie: on recourt aux prisonniers et aux immigrés, puis aux femmes en désespoir de cause. Les ouvriers qualifiés sont déclarés "affectés spéciaux", et renvoyés dans les usines. Toute l'industrie se tourne vers la guerre: on produit des voitures, de l'armement.
La guerre s'écoule. Mois après mois, année après année. Les gouvernements se succèdent (il y en aura 7 durant le conflit) sous la pression d'une guérilla parlementaire permanente. Le front n'évolue quasiment pas.
Celle que nous appelons aujourd'hui la Grande Guerre est connue des historiens pour avoir vu l'émergence d'une nouvelle mentalité des soldats. Leurs psychologies subissaient de fortes modifications après plus de quatre semaines de front, parfois de leur plein gré. On assistait alors à une brutalisation des rapports sociaux, d'abord au front, puis qui s'est répandue à l'arrière. Au bout de quelques mois, la brutalisation de la société s'était généralisée. Les lettres des soldats non expurgées parlent crûment de fantasmes de massacres et de viols. Les descriptions des morts et des mutilations se font plus précises, au point d'en être banalisées, même dans leurs formes les plus écœurantes. Pour la première fois, le discours déshumanise l'adversaire, qui devient l'ennemi, présenté comme barbare, ethniquement inférieur. (simultanément, cependant, on assiste à un développement minoritaire de l'idée de "fellow sufferer", compagnon de souffrance, de celui dans la tranchée d'en face: certains chercheurs estiment ainsi qu'il y avait une part de prédisposition à la brutalisation). Tout cela, qui dénote une certaine accoutumance au conflit, aide à tenir.
Il faut attendre 1917 pour assister à des mouvements de lassitude. En 1917, les prix alimentaires ne cessent de grimper, au point qu'on renvoie les agriculteurs les plus âgés chez eux. En mars-avril, la guerre sous-marine déclenche le rationnement, qui engendre une certaine agitation populaire. Les syndicats prennent de l'importance, les grèves se multiplient, courtes (la plus longue dure 9 jours) mais massives. Le 1er mai, une grève générale de l'industrie de guerre est déclenchée par les ouvrières, rejointes par les ouvriers à la fin du mois.
Ces grèves à répétition paralysent une industrie qui se développe toujours: en 1917, les ouvriers d'usine sont plus nombreux qu'en 1913.
Au front, ça ne va pas mieux: le 9 avril 1917, le Chemin des Dames, qui voit tomber 40 000 soldats français en 15 jours (et 90 000 blessés) sans aucune avancée marque le début de l'agitation militaire.
A partir du 17 avril, les mutineries se multiplient. Il y en aura environ 250 d'ici la fin du conflit. Au total, 40 000 mutins, ce qui est très peu proportionnellement au nombre de mobilisés. Les mutins, d'ailleurs, ne sont pas des pacifistes; ils refusent de monter en ligne, de se faire massacrer, mais ne contestent pas le bien-fondé du conflit. La répression est menée par un certain Philippe Pétain, populaire depuis Verdun. Sur les 40 000 mutins, seuls 3427 sont jugés et 554 sont condamnés à mort, dont "seulement" 84 seront effectivement exécutés. Parallèlement, Pétain améliore la vie du soldat: allongement des permissions, ( de 10 jours à 4 mois), meilleure nourriture, meilleures conditions de voyage...
Ces mouvements sont le symptôme d'une crise morale: il n'y a pas d'issue à la guerre, pas d'objectifs à atteindre. Clémenceau est alors perçu comme la seule force capable de sauver la donne. Le 16 novembre, il prend les rênes du gouvernement.
La situation finit par se débloquer en 1918: libérée par l'armistice russe, l'Allemagne met tout son poids dans une offensive vers l'Ouest et arrive à 60 km de Paris, bombardé depuis 6 mois. La contre-offensive franco-américaine, qui bénéficie de la modernité technique et de la fraîcheur des troupes américaines permet le retournement définitif de la guerre.
Puisqu'il faut en passer par là, je vous donne le bilan final de la guerre, que vous avez déjà dû voir en CM2, en 3e et en Terminale.
1 383 000 morts au front, ce qui représente 34/1000 habitants, le record des pertes de l'histoire militaire française.
1 million d'invalides, 300 000 mutilés (les fameuses "gueules cassées").
600 000 veuves et 800 000 orphelins.
40 000 morts civils.
A cela il faut ajouter la surmortalité due au travail, à la malnutrition, mais aussi à la grippe espagnole qui fait en 1918 200 000 morts.
Ce coup de hache est sélectif. Contrairement aux idées reçues, les officiers sont proportionnellement plus atteints que les hommes de troupes: 22% de morts chez les gradés contre 16% chez les soldats de base. L'élite intellectuelle est décimée. A l'autre bout de la pyramide sociale, il faut noter que 2/3 des morts de la troupe sont des paysans.
La fin de la guerre ne signifie pas le retour à l'ordre et à la prospérité. La natalité ne retrouvera son niveau normal que vers 1941. Les reconstructions seront pour la plupart inachevées en 1940. La facture de la guerre s'élève à 80 milliards, soit 16 ans de budget national. Le coût de la vie a été multiplié par 4. Les rentiers sont ruinés, et la classe des domestiques disparaît massivement.
Les dissensions sont nombreuses avec le retour des poilus: divisions entre les "affectés spéciaux" assimilés à des planqués, et les gueules cassées, entre les consommateurs et les producteurs, même paysans considérés comme des "profiteurs de guerre", entre Paris et la province, entre la métropole et les colonies, entre les classes sociales.
Le salaire des ouvriers chute brutalement, le chômage augmente massivement avec le retour des mobilisés dans la vie active. Les femmes sont licenciées.
Les professions libérales (avocats, journalistes, médecins), les classes moyennes qui avaient souscrit à l'emprunt nationale sont ruinées. Un nouveau groupe de pression apparaît, les anciens combattants. A droite, c'est l'Union nationale des Combattants, à gauche l'Association républicaine des Anciens Combattants.
La période de la guerre commence aussitôt à être mythifiée, mais dans le même temps la population aspire à changer de sujet. La littérature s'en fait le reflet: Les Croix de bois n'ont pas le Goncourt, qui est attribué à A l'ombre des jeunes filles en fleurs. Le Diable au corps, lui, sera conspué.
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Primavera
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Libellés : Contemporaine, Point d'Histoire

